Gilles Gautier vit dans une vallée reculée située à 3 heures de Fianarantsoa dans le sud de Madagascar. Il consacre son temps à planter des arbres. À Madagascar, la forêt parle.

À sa manière, il participe au rayonnement d'un petit coin de nature et de culture. Notre classe de 6ème rend visite à l'homme qui plantait des arbres dans sa vallée mystérieuse.


En chair et en os.
Nous avons lu le livre de J.Giono et l'histoire d'Elzéard Bouffier. Cette fois, nous rencontrons un planteur en chair et en os. Nous apercevons Gilles Gautier une première fois lors de notre ascension sur la montagne du Caméléon (1580m). Il est vigoureux, calme, les cheveux lisses, habillé comme un aventurier avec des chaussures de marques K... Il porte juste une angady (bêche traditionnelle) et une serpette pour tailler ses arbres. Il bouge toujours ses mains quand il parle. Il a les mains un peu sales comme tous les planteurs. La forêt est son œuvre. Son rêve est de remplir la vallée d'arbres. Il ne voudrait voir que des arbres. Il n'a pas de toile ni de pinceaux, mais du talent pour planter son œuvre.

Savez-vous planter les arbres ?
Quand il nous explique comment planter des arbres, il le fait bien. Il tasse la terre, creuse avec un doigt, pose une pousse. Il nous invite à planter partout... à la mode de chez lui. Avant notre visite, aucun élève de notre classe ne savait planter.

Prendre vie.

Nous lui avons apporté 104 briques vides (de lait ou de jus). Il nous a montré les gestes du planteur. Pourquoi tasser la terre ? « Parce que si la terre bouge un peu, la jeune pousse est si fragile qu'elle peut se briser, et l'arbre ne prendra pas vie ». Cet homme est attentif aux petites choses. Il nous apprend à séparer les plants, percer les briques avec la serpette sans se blesser, arroser en mettant la main pour mieux répandre l'eau sur les plants... Ses gestes sont paisibles et délicats.

Pour cent briques.
Après notre travail, Gilles Gautier, avec des mots simples donne son avis : « Vous avez une magnifique planche ! » Comprendre : nos 100 briques alignées font de l'effet ! Les arbres grandiront et la vallée reprendra des couleurs. Les arbres qu'on a plantés s'appellent « sely », et après cinq ans ils peuvent déjà avoir une belle forme d'arbre-parapluie.

Un solitaire déraciné ?
Il a bien connu les montagnes françaises et a quitté Marseille car il avait « la bougeotte ». Découvrant cette vallée entourée de pics granitiques, il en devient amoureux. Pourquoi cette vallée-ci ? « Car c'est la plus belle de Madagascar, avec ses montagnes rocheuses qui surplombent ». Il se décrit comme un « jeune grand-père, ce qui est cool ». Son fils : « Il fera ce qu'il veut ; il aura le choix ». Il n'a pas de chien ni de chat car ce sont deux prédateurs qui chasseraient les autres animaux. Il aime les espèces endémiques de la Grande Ile : « Les végétaux ont évolué différemment car l'île s'est séparée tôt des continents ». Et quand on lui demande son âge, il réfléchit : « Attends, que je ne te dise pas de bêtises... ».

Ancien chasseur.
Avant il chassait les crocodiles. Maintenant, il a abandonné cette activité. « Ce n'est pas bien de tirer sur les crocos quand on est chez eux sur leur territoire ; ils vivent en harmonie avec les villageois ». Gilles Gautier veut protéger tous les animaux, même les serpents qui, il le répète trois fois, ne sont pas « venimeux » à Madagascar.

 

 

Une biodiversité reconstituéTombeau, pierre levée et massif du Tsaranoroe.
Depuis 2004, avec des amis de la vallée, il a planté 700 000 arbres ; 200 000 sont en train de pousser. Les oiseaux reviennent. Des faucons pèlerins ont été signalés. On observe plus de lézards, plus de caméléons, plus de pigeons verts et toujours plus de lémuriens Maki Catta. Ses arbres préférés ? « Les agrumes, citronniers ou orangers, mais aussi les acacias pour leur rapidité à croître ».

Un amoureux déçu ?
Gilles Gautier est un amoureux de la nature mais il n'est pas toujours content, parfois déçu de son travail. Planter, un métier ou un loisir ? « Une passion » corrige-t-il. C'est pour cela qu'il continue même quand il est fatigué.

Les problèmes ?

« Les graines parfois n'éclatent pas, trop dures. Il y a aussi les incendies. Alors on recommence ».

 

Et la culture ?
À Madagascar, la culture ne peut pas être séparée du respect de la nature. Les ancêtres avaient une grande connaissance du milieu naturel. Le reboisement redonne sa beauté à la vallée du Tsaranoro : la « Forêt sacrée » y est reconstituée. Sous les blocs de granit, dans les grottes au-dessus des sources, on trouve des tombeaux royaux faits de murets de pierres simples. On aperçoit même des crânes, des ossements, des céramiques. Les ethnies Betsileo ou Bara se sont rencontrées sur ces terres. Leurs rois habitaient dans cette vallée. Lémuriens, tombeaux, caméléons, acacias et agrumes ont retrouvé une harmonie. On peut mieux comprendre les légendes orales du Tsaranoro.

Mains vertes ?
Gilles Gautier répond à Lauréna trop pessimiste : « Tu crois que t'as pas la main verte, mais essaie ». Nous sommes repartis vers notre ville en méditant cette expression colorée, et nous avons surnommé notre planteur : le « Docteur de la forêt ». C'est un sauveur, un protecteur.

 

 

« Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable ».
L'homme qui plantait des arbres, éd. Gallimard, 1953.

 

Gilles Gautier en quelques... branches.

Né en France, à Marseille. 55 ans. Réside à Madagascar depuis plus de trente ans. Marié. A des enfants et des petits-enfants mais vit solitaire dans une vallée. Plante des arbres depuis plus de dix ans. Son rêve : reboiser toutes les collines qui l'entourent.

 

Classe de 6ème.
Collège Français René Cassin.
Fianarantsoa. Madagascar. 2014.

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